Elle m’a écrit presque un an après notre dernière séance.
« Je me suis dissociée pendant la césarienne. Je traite actuellement le trauma d’avoir eu peur de mourir pendant l’intervention. »
Et puis, plus loin dans son message : « Je me souviens me dire que les soins redonnaient vie à mon corps. Comme reconnectée. »
Je relis ces mots souvent. Pas parce qu’ils sont exceptionnels — mais parce qu’ils nomment quelque chose que beaucoup de femmes vivent, sans jamais avoir les mots pour le dire.
La dissociation pendant la naissance. Ce phénomène qui arrive, qui marque, et dont personne ne parle vraiment.
La dissociation, c’est quoi ?
La dissociation, c’est une réponse du système nerveux face à une situation perçue comme dangereuse ou insupportable.
Quand le corps ne peut pas fuir, quand il ne peut pas se battre – il fait autre chose. Il s’absente. Une partie de la conscience se décroche du moment présent. On est là, physiquement. Mais quelque chose en soi est parti ailleurs.
Ce n’est pas de la faiblesse. Ce n’est pas de la folie. C’est un mécanisme de survie, que le corps active quand il ne voit pas d’autre issue.
On peut vivre une dissociation légère : une impression d’irréalité, de flotter au-dessus de soi, d’observer la scène de loin. Ou une dissociation plus profonde : des fragments de mémoire, des trous, des souvenirs qui ressemblent à ceux d’une autre personne.
Pourquoi ça arrive pendant la naissance ?
La naissance est l’un des événements physiques et émotionnels les plus intenses qu’un être humain puisse traverser.
Et parfois, ce qui se passe pendant cet événement dépasse ce que le système nerveux peut intégrer en temps réel.
Une césarienne en urgence. Une douleur qui dépasse ce qu’on avait imaginé. Une intervention médicale vécue comme une agression. Un environnement hostile, froid, déshumanisé. Des propos maladroits ; ou pires, blessants d’un professionnel de santé. Un partenaire absent. La peur pour la vie de bébé.
Dans ces moments-là, la dissociation peut s’activer. Pas parce qu’on est fragile, mais parce qu’on est humaine.
Ce que peu de femmes savent, c’est que cette réponse peut durer bien au-delà de la salle de naissance. Elle peut s’installer dans les semaines qui suivent, dans le corps, la mémoire ou encore, dans le lien avec bébé.
Ce que j’observe dans ma pratique
Dans mon travail auprès des familles, je rencontre des mamans qui décrivent cette période comme floue. Suspendue. Comme si elles avaient été là — mais pas vraiment.
La plupart ne savent pas que ce qu’elles ont vécu a un nom. Certaines mettent ça sur le compte des médicaments reçus pendant l’accouchement. D’autres pensent que c’est normal, que tout le monde vit ça.
Ce n’est pas tout le monde. Et ça mérite d’être accompagné.
Ce que j’observe, c’est que la dissociation pendant la naissance peut se manifester de deux façons opposées dans la relation à bébé.
La distance.
Une impression d’étrangeté face à son bébé. Pas d’hostilité — juste une difficulté à se sentir reliée à lui. À ressentir ce lien dont tout le monde parle. Et avec ça, souvent, une culpabilité immense. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Je suis censée l’aimer immédiatement.
Le trop-plein.
À l’inverse, certaines mamans vont compenser en faisant énormément. En ne lâchant plus bébé. En hypervigilant. Pas par manipulation — mais parce que quelque chose en elles cherche à rattraper une connexion qui a semblé manquer au départ. Parce que la peur du jugement est là. Et parce que personne ne leur a dit que ce qu’elles traversent est normal.
Les deux réponses disent la même chose : quelque chose s’est passé à la naissance qui n’a pas encore été intégré.
« Je veux me connecter à mon bébé »
Il y a une phrase que j’entends souvent lors des premières demandes de massage bébé.
« Je souhaite créer du lien avec mon bébé. Je me sens un peu distante. »
Derrière ces mots simples, il y a presque toujours une histoire qui a besoin d’être entendue. Une césarienne vécue dans l’urgence. Un accouchement qui ne s’est pas passé comme prévu. Un bébé qui a été emmené trop vite. Un corps qui a vécu quelque chose de grand et n’a pas encore trouvé les mots.
Le massage bébé ne règle pas tout. Mais il crée quelque chose d’essentiel : un espace où le corps de la maman retrouve le chemin du toucher. De la présence. Du lien qui passe par les mains.
C’est souvent là que quelque chose se dépose.
Ce qui aide le corps à revenir
La dissociation est une réponse du système nerveux. Ce qui l’aide à se dénouer, c’est aussi quelque chose qui passe par le système nerveux.
Le toucher doux et sécurisant. La parole qui nomme ce qui a été vécu — pas pour ressasser, mais pour donner une forme à ce qui est resté flou. Le corps qui retrouve des sensations de sécurité. La présence d’un autre qui n’est pas dans le jugement.
Ce n’est pas un travail qui se fait en une séance. C’est un chemin. Qui demande du temps, de la douceur, et souvent un accompagnement professionnel.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire — vous n’avez pas raté quelque chose. Vous avez traversé quelque chose de difficile. Et votre corps cherche encore à l’intégrer.
C’est normal. Et ça s’accompagne.
Ce que je fais dans ce cadre
Mon travail, c’est créer l’espace où cette histoire peut se déposer. Pas pour forcer, pas pour aller trop vite. Mais pour nommer, accompagner, et permettre au lien — avec bébé, avec soi-même — de trouver son chemin.
Si vous souhaitez en parler, je suis là. En présentiel à Nantes, ou en visio partout en France.
→ J’ai également vécu une dissociation, je vous en parle ici.
Virginie, Thérapeute du lien — avec soi, avec l’autre, avec son bébé
